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Violences policières en hausse selon la CNDS

jeudi 21 avril 2005

Le rapport de la Commission Nationales de Déontologie de la Sécurité (CNDS) dénonce des violences policières en forte hausse en 2004.

Le rapport est consultable ici.



PARIS (Reuters) - Le nombre des violences policières signalées a fortement augmenté en 2004 et les personnes d’origine étrangère en sont plus fréquemment victimes que les autres, déclare la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) dans son rapport annuel.

Cette autorité administrative indépendante, créée en 2000, précise avoir été saisie 97 fois en 2004, contre 70 fois en 2003, 40 en 2002 et 19 en 2001. L’augmentation des saisines entre 2003 et 2004 est de 38%.

A Paris, le nombre de plaintes ou d’allégations mettant en cause le comportement de policiers a augmenté en 2004 de 9,5%, soit 524 dossiers, selon les chiffres officiels.

Le président de la CNDS, l’ancien président de la Cour de cassation Pierre Truche, a mis en cause le manque de formation et surtout le défaut d’encadrement des jeunes policiers.

"Changer cette situation est de l’intérêt des policiers eux-mêmes et de leur sécurité", a-t-il souligné lundi lors d’une conférence de presse.

La tendance actuelle est inverse car le ministère réduit le nombre d’officiers et augmente les effectifs sur le terrain.

La commission note que la majorité des litiges concerne la police et fait suite à des contrôles routiers ou des contrôles d’identité que la CNDS juge inutiles et qui dégénèrent fréquemment.

Le rapport fait état de plusieurs cas de violences policières, comme celui d’un Turc frappé à coups de matraque, de poing et de pied et victime d’injures racistes, et celui d’un homme atteint d’un cancer frappé d’un coup de tête alors qu’il tentait d’intervenir en faveur de son fils.

Pour la première fois, la commission a présenté une étude réalisée par Catherine Wihtol de Wenden, scientifique du CNRS, qui a examiné 36 cas de violences policières à caractère manifestement raciste, entre 2001 et 2004.

RACISME DANS LA POLICE, UN "TABOU"

Lors de la conférence de presse, des membres de la CNDS ont qualifié ce problème de "tabou" et estimé que la hiérarchie avait tendance à le minimiser, voire à "couvrir" les faits.

Ce constat rejoint celui d’un récent rapport d’Amnesty International, publié en février, qui déplorait "une impunité de fait" des policiers.

L’étude de la CNDS montre que les victimes de violences racistes sont en majorité des Noirs, d’origine antillaise ou africaine, ou des hommes issus de l’immigration maghrébine.

L’origine sociale des victimes peut varier. Pierre Truche a cité le cas d’un Antillais, ingénieur à Air France, qui a eu une cheville brisée lors de son interpellation, à la suite d’un différend avec une voisine qui l’avait traité devant les policiers de "sale nègre".

Les policiers mis en cause dans de tels "dérapages" ont en moyenne 25 ans, sont nés en province et ont été affectés dès le début dans leur carrière dans des quartiers difficiles.

"Une fracture s’établit, pouvant amener des citoyens à pouvoir douter de vivre dans un Etat de droit s’ils ne sont pas traités comme tels", conclut le rapport du CNRS.

Le ministère de l’Intérieur a répondu que les violences restaient très peu nombreuses par rapport à l’activité des forces de l’ordre. En 2004, la police a procédé à plus de 380.000 gardes à vue et 717.687 mises en cause.

Dans un communiqué, l’Unsa-police a déploré que la police nationale "soit montrée du doigt" et les "130.000 policiers stigmatisés". Le syndicat affirme avoir toujours "dénoncé les dérapages isolés".

Pour sa part, SOS Racisme a souligné que des dysfonctionnements signalés dans la précédente étude de la CNDS "n’ont fait l’objet d’aucune mesure concrète de la part des autorités publiques".

Pour l’association, l’absence de toute réflexion d’ensemble sur les métiers de sécurité "porte un préjudice considérable" au bon fonctionnement de la police.