RAIDH - Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme
Bouton menu

AFP Sexualité et prison : un sociologue déplore le manque de structures appropriées

(AFP) – 10 novembre 2009

PARIS — La politique affichée dans le projet de loi pénitentiaire de maintien des liens familiaux et sexuels pour les détenus condamnés à de longues peines, risque de ne rester qu’un voeu pieux, faute de structures appropriées, constate le sociologue Arnaud Gaillard.

Auteur d’un ouvrage "Sexualité et prison" qui sort jeudi (éd. Max Milo), Arnaud Gaillard a mené une enquête pendant trois ans auprès d’une soixantaine de détenus dans cinq établissements pénitentiaires. Son constat : "La dimension sexuelle de l’incarcération n’est pas reconnue aujourd’hui. C’est une part de l’humanité des détenus qui n’est pas considérée par l’institution", dit-il à l’AFP.

"En théorie, écrit-il, la France est en train de se donner les moyens d’avoir une politique de maintien des liens familiaux et de sexualité possible pour les longues peines". Mais "au rythme où vont les choses, il faudra à notre démocratie plusieurs dizaines d’années pour équiper le parc pénitentiaire".

En 2003, l’administration pénitentiaire a ouvert des unités expérimentales de visite familiale dans trois établissements pilotes. La décision de les étendre a été prise en 2006. Mais, souligne Arnaud Gaillard, "c’est un voeu pieux parce qu’il n’y a actuellement que sept unités de visites familiales (UVF) sur 194 établissements pénitentiaires".

Et même avec de nouvelles prisons en perspective, "on va rester avec un nombre dérisoire de dispositifs de rencontres familiales, là où d’autres pays ont déjà incorporé cela dans leur système pénitentiaire", explique M. Gaillard, citant l’Espagne, l’Amérique latine, certains Etats américains et le Canada.

Pourtant, aucun texte de loi n’interdit la vie sexuelle en prison. Un article du code de procédure pénale rappelle seulement que toute offense à la pudeur ou tout acte obscène constitue "une faute disciplinaire".

Une sorte de double peine qui réduit la sexualité à la pornographie, l’homophobie, très puissante chez les détenus hommes, des humiliations, des violences extrêmes, des viols, décrit M. Gaillard.

Le Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme (RAIDH) dont il est le secrétaire général, a lancé cette semaine une pétition "pour un droit à la sexualité en prison", déjà signée par la Ligue des droits de l’homme et envoyée aux parlementaires