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La Chronique d’Amnesty de juillet-Août 2006

Tribune à paraître dans la Chronique d’Amnesty de Juillet Août 2006, mensuel de la section française d’Amnesty international

« Taser » : le retour de la gégène

Dans quelques semaines, entre 1 500 et 5 000 policiers et gendarmes français seront dotés du Taser X26 ! Cependant, l’innocuité de cette arme, refusée par plusieurs pays européens, reste à démontrer.

Imaginez un équipement futuriste, qui paralyse le prévenu à distance, équipé d’une caméra (optionnelle dans l’appel d’offre lancé par le ministère de l’Intérieur), enregistrant la date et l’heure d’utilisation de l’appareil. Le dernier fleuron de l’entreprise d’armement Taser international, présentée comme une arme anti-bavure, sera bientôt parmi nous. En septembre dernier, soit sept mois avant le lancement de l’appel d’offre (avril 2006), le ministre de l’Intérieur en personne vantait déjà les mérites du « Taser », à l’occasion de son discours aux Préfets.

Face aux arguments commerciaux de la start-up américaine Taser international, basée en Arizona, et cotée au Nasdaq, l’association, Raidh (Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme), s’est prêtée à une petite enquête et invite à signer une pétition. Intitulé Taser : dernière gégène au pays des droits de l’Homme ?, son rapport a été adressé à tous les parlementaires, à 2 000 journalistes et aux organisations de défense des droits de l’Homme françaises.

Mais comment parler de droits fondamentaux demain, si, en France, n’importe quel citoyen en contact avec la police risque de recevoir une décharge de 50 000 volts ? L’électrochoc est administré via une arme équipée d’une visée laser, dotée de deux filins pouvant parcourir une distance de 7 mètres et s’accrochant au corps du prévenu par deux sortes d’hameçon.

L’usage de cette arme peut constituer une forme de traitement cruel, inhumain et dégradant, voire de torture. Dans le meilleur des cas, la personne touchée par une arme à décharges électriques perd le contrôle de son corps, s’écroule, parfois en se blessant. À terre, elle reste immobilisée par la douleur, le temps, en théorie, que l’agent de police lui passe les menottes. Lorsqu’elle a moins de chance, la personne « tasée » hurle de souffrance. Une vidéo insoutenable présente, sur le site de Raidh (www.raidh.org), l’expérience malheureuse d’une conductrice américaine électrocutée dans le cadre d’un contrôle de routine. D’autres l’ont été à plusieurs reprises, jusqu’à dix-sept fois ! Le Taser, arme vendue comme non létale est également susceptible d’entraîner la mort. Ainsi, AZcentral, le journal le plus lu d’Arizona, patrie de Taser international, recense à ce jour plus de 150 personnes décédées après avoir été « tasées » aux États-Unis et au Canada depuis 2001.

Ce n’est certainement pas un hasard si en 2006, de nombreux pays, comme la Belgique, de l’Italie et les Pays-bas, ont refusé un tel équipement..

Comment ne pas évoquer les possibles dérives discriminatoires que pourrait occasionner l’usage quotidien d’une telle arme par les forces de l’ordre en France. Il paraît clair pour tout le monde que cette nouvelle arme constitue la réponse politique et sécuritaire ultime aux révoltes des banlieues de novembre dernier.

De plus, les effets et les conditions d’utilisation de cette arme demeurent vagues, voire secrets. Le ministère de l’Intérieur préfère garder confidentiels les résultats d’un rapport sur l’usage en France et à « titre expérimental » du Taser sur 130 prévenus. Un rapport que Raidh a demandé... sans succès. Le seul cas documenté en France a valu un avis de la Commission nationale de déontologie de la sécurité dans son rapport 2004, pour le moins critique estimant que l’usage du Taser contre une détenue était non seulement disproportionné mais injustifié.

Le Taser constitue sans nul doute l’arme « civilisée » la plus aboutie pour paraphraser le sociologue allemand Norbert Elias. Envoyant un impact à distance, sans émettre la moindre goutte de sang, elle semble inoffensive. Pourtant, c’est inexorablement à l’escalade de la violence que l’équipement massif des forces de maintien de l’ordre en Taser risque d’aboutir.

Fabrice Ferrier

Pour le Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme

Voir également le document d’Amnesty International
États-Unis, Canada : Recours à une force excessive et meurtrière ? Les inquiétudes d’Amnesty International après des décès et mauvais traitements liés à l’utilisation d’armes paralysantes par la police
AI : AMR 51/166/2004

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