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Le Monde : La police municipale sera équipée du pistolet électrique Taser

La police municipale sera équipée du pistolet électrique Taser

LE MONDE du 04.10.07

La décision est acquise : le pistolet à impulsion électrique Taser X-26 va équiper la police municipale. La ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie compte l’annoncer lors d’une réunion avec l’Association des maires de France (AMF), qu’elle s’apprête à réunir vers le 11 octobre. Le décret du 24 mars 2000, qui excluait jusqu’ici de l’équipement des policiers municipaux le Taser, arme classée en 4e catégorie au même titre que le fusil à pompe, sera ainsi modifié.

En levant cet interdit, Mme Alliot-Marie répond à une revendication de plusieurs municipalités qui avaient, notamment lors des violences urbaines de novembre 2005, commencé à s’équiper, avant de devoir remiser au placard ces pistolets à impulsion électrique. Au mois d’août, l’Union nationale des agents de police municipale (UNAPM-CFE-CGC), était revenue à la charge, arguant, selon son président Michel Lecquio, de "l’urgence".

Mais cette décision pourrait aussi relancer la polémique. Arme non létale, le Taser comporte deux électrodes capables de projeter jusqu’à une distance de 7 mètres 50 000 volts et deux milliampères. L’effet est garanti : la personne visée, avertie au préalable par un point rouge, est totalement paralysée pendant plusieurs minutes. La douleur est forte. Pro et anti-Taser s’affrontent.

TROIS FOIS PLUS CHER

Un procès oppose, en ce moment, le distributeur français de Taser, d’origine américaine, et Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) poursuivi, avec l’association Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme (RAIDH), pour diffamation, après avoir soutenu que le Taser serait responsable de plusieurs décès aux Etats-Unis.

De son côté, Antoine di Zazzo, directeur général de Taser France, brandit un rapport réalisé par des médecins et paru dans la Revue des SAMU en septembre. Si les praticiens disent manquer de recul sur les conséquences de ce type d’armes, ils concluent cependant à son innocuité "lorsque les précautions d’utilisation sont strictement respectées". Une nouvelle audience de procédure, devant la 17e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris, est prévue, lundi 22 octobre.

Les partisans du Taser estiment que son utilisation est de loin préférable à celle d’une arme à feu lors d’une interpellation. Ils soulignent aussi que chaque Taser, en France, est équipée d’une "boîte noire" : une caméra enregistre son et images, limitant ainsi les abus. Pour d’autres policiers, en revanche, des questions restent posées sur sa fiabilité.

Le 1er septembre, l’interpellation d’une femme asiatique sans papiers, employée dans un restaurant japonais de Paris, avait mal tourné après qu’un policier eut tenté, en vain, de la "neutraliser" avec un Taser. La femme, armée d’un couteau, n’avait pas paru ressentir les effets des décharges et avait blessé à trois reprises le policier. Un deuxième fonctionnaire de police avait alors fait usage de son arme à feu, la blessant grièvement. Sur la vidéo, on distingue parfaitement la scène, le point rouge sur la poitrine de la femme qui brandit un couteau et lance des casseroles. "Baissez les yeux !" lui enjoint, à plusieurs reprises, le policier selon la procédure, avant de tirer au Taser, en vain.

L’arme équipe aujourd’hui quelque 3 000 policiers et gendarmes. C’est peu, par rapport aux effectifs potentiellement concernés, mais la deuxième loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI) devrait étendre début 2009 son utilisation.

Les 17 000 policiers municipaux pourront désormais être également équipés, à la condition qu’ils suivent la formation obligatoire pour le pistolet (en principe les utilisateurs doivent l’essayer sur eux-même...) et que les municipalités aient les moyens. Le Taser coûte 1 050 euros, formation comprise, c’est-à-dire trois fois plus cher qu’une arme classique.

Isabelle Mandraud