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Les polices municipales dégainent leur Taser

Les polices municipales dégainent leur Taser

Source : L’Humanité du 22 avril 2008

Insécurité . La ministre de l’Intérieur doit signer cette semaine le décret autorisant les 17 000 agents à utiliser le pistolet électrique.

Lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, histoire de désamorcer la polémique, avait exclu toute « banalisation » des Taser. À l’évidence, son successeur place Beauvau ne compte pas s’embarrasser de ce genre de précaution. Comme promis à l’automne dernier, Michèle Alliot-Marie s’apprête à modifier le décret du 24 mars 2000 et autoriser les 17 000 policiers municipaux à s’équiper du fameux « pistolet à impulsion électrique » (PIE).

C’est Alain Bauer qui a vendu la mèche la semaine dernière. Lors d’un colloque au Sénat sur l’armement non létal, le président de l’Observatoire de la délinquance (OND) a annoncé que « le processus (d’autorisation) est très avancé et en voie de finalisation ». La ministre pourrait l’annoncer officiellement, jeudi prochain. Au grand dam de nombreux élus et associations qui s’inquiètent de la généralisation de cette arme classée en 4e catégorie, au même titre que le fusil à pompe.

Introduit en France fin 2005, le Taser X-26 expédie jusqu’à dix mètres deux dards délivrant une décharge électrique de 50 000 volts. Effet garanti : la personne touchée est tétanisée et s’effondre immédiatement, laissant le temps aux forces de l’ordre de la maîtriser. Ce pistolet équipe actuellement 2 626 gendarmes et 1 100 policiers. Selon la - direction générale de la gendarmerie nationale, il aurait été utilisé « sans incident »

105 fois en 2006 et 155 fois en 2007. Son emploi, précise la même source, aurait permis de réduire de 15 % l’usage des armes à feu.

Des arguments qui ne convainquent pas ses détracteurs. Selon des études d’Amnesty International, l’utilisation des « PIE » aurait provoqué la mort de 150 à

200 personnes aux États-Unis et au Canada entre 2002 et 2006. Un chiffre inquiétant relayé, en novembre dernier, par le comité anti-torture de l’ONU. Dans un rapport portant sur l’introduction du Taser au Portugal, cet organisme a désapprouvé clairement l’utilisation de ces armes qui provoquent une « douleur aiguë, constituant une forme de torture », et qui peuvent, dans certains cas, causer la mort. La société Taser France assure, elle, que le Taser X-26 « n’a jamais tué qui que ce soit et ne le peut pas ». Une étude publiée en septembre par la revue des SAMU de France va d’ailleurs dans ce sens en concluant à l’innocuité du Taser… du moins « lorsque les précautions d’utilisation sont strictement respectées ».

Le sont-elle toujours ? Rien n’est moins sûr. Selon l’aveu même d’un policier formateur, repris en février dernier par le site Rue89, « un quart à un tiers des fonctionnaires n’ont pas une formation assez longue » pour utiliser correctement cette arme ! Pour des raisons d’économie, ladite formation ne dure, en effet, que deux jours, là où le constructeur lui-même en recommande quatre… La Commission nationale de déontologie de la sécurité a d’ores et déjà relevé deux cas manifestes d’usage disproportionné du Taser X26. Pis : selon le rapport rendu par la France au comité anti-torture du Conseil de l’Europe, le Taser X26 aurait été utilisé, dans 83 % des cas, en dehors des conditions restrictives de légitime défense et d’état de nécessité.

« Cette arme est déjà utilisée de manière disproportionnée par un personnel pourtant particulièrement formé pour les opérations de maintien de l’ordre, s’alarme la sénatrice (du PCF) Nicole Borvo Cohen-Seat, qui réclame depuis des années un moratoire sur l’usage du Taser. Qu’adviendra-t-il lorsque 17 000 policiers municipaux l’auront à leur disposition ? » Surtout lorsque l’on sait qu’un exemplaire du Taser coûte, formation comprise, la bagatelle de 1 050 euros.

Laurent Mouloud