RAIDH - Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme
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RAIDH dans le Monde : La polémique sur la dangerosité du pistolet Taser devant le tribunal

Isabelle Mandraud, LE MONDE |

Editions du 16.09.08 | 09h32 • Mis à jour le 16.09.08 | 09h34

De son cartable, Me Jean-Pierre Sulzer extirpe un magazine masculin : "Tenez, voilà le nouveau James Bond !" L’avocat de l’association Raid-H fustige Antoine Di Zazzo, patron de la société SMP Technologies, qui pose crânement en couverture, avec un Taser. A l’intérieur, d’autres photos montrent le distributeur français du pistolets à impulsion électrique (PIE) tout sourire avec le député UMP du Vaucluse, Thierry Mariani. "Le marché explose", ironise l’avocat, qui conteste, lundi 15 septembre, devant la 17e chambre du tribunal de Paris, le préjudice que l’assocition aurait porté au Taser.

Le Taser X26 est déjà utilisé dans près de 65 pays.
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Pour le fabricant de pistolets, Me Florence Gladel réclame 50 000 euros de dommages et intérêts. Depuis des mois, explique-t-elle, Raid-H, réseau d’alerte et d’information pour les droits de l’homme, mène une "campagne de dénigrement" du "produit" Taser "sans aucune preuve probante, médicale ou scientifique". Elle distribue un flyer de l’organisation du 21 avril 2007 : appelant à une soirée "électrochoc", il montre un robot armé d’un Taser avec, sur la poitrine, l’image d’un homme électrocuté façon pictogramme de transformateur EDF. Et critique les mots de l’association comparant le Taser X-26 à une nouvelle "gégène".

"C’est un abus de la liberté d’expression, et rien d’autre, martèle l’avocate en rappelant que le Taser est "distribué dans 83 pays". En France, il équipe depuis 2004 la police et la gendarmerie, et va être étendu à la police municipale. Cette arme classée de 4e catégorie, comme le fusil à pompe, envoie une décharge électrique qui paralyse sa cible. Mais le PIE, considéré par ses promoteurs comme une arme non létale, suscite des débats. Amnesty International et le comité de l’ONU contre le torture y ont pris leur part.

Au Canada, après le décès en 2007 d’un polonais à l’aéroport de Vancouver, la polémique s’amplifie. Un rapport tout juste rendu public estime que la police canadienne n’a pas effectué suffisamment de tests. "Nous ne sommes pas dans un cadre concurrentiel, nous avons parfaitement le droit de nous exprimer sur un fait de société", a plaidé l’avocat de Raid-H. Le jugement sera rendu le 20 octobre, jour où un autre procès qui opposera la société SMP Technologies au porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, poursuivi en diffamation après avoir déclaré que le Taser avait provoqué des décès aux Etats-Unis.

Isabelle Mandraud