RAIDH - Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme
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Sexualité et prison : un Tabou français

Communiqué de presse 18 novembre 2009

Dans le contexte du débat parlementaire autour de la loi sur la récidive oscillant entre castration chimique ou physique, quelques jours après la condamnation de l’Etat pour violation de la Convention européenne des droits de l’Homme et alors que la question des nombreux suicides dans les prisons françaises peine à trouver une réponse, RAIDH lance une pétition pour le droit à l’intimité des personnes détenues déjà signée par 9 parlementaires et 5 associations.

A l’occasion de la sortie du livre "Sexualité et prison" écrit par Arnaud Gaillard, Secrétaire général de RAIDH, qui lève le voile sur les conséquences du vécu de la sexualité dans les prisons françaises et analyse son impact sur la réinsertion, le Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme rend publique ce jour une pétition signée par 9 parlementaires de tous bords (parmi lesquels Jack Lang, Noël Mamère et Etienne Pinte) et 5 associations (LDH, Act Up, CIMADE, Ban public).

Cette pétition qui s’inscrit dans le cadre d’une campagne de RAIDH pour le droit à la dignité des personnes incarcérées, est adressée au Président de la République.

Cet appel revendique la reconnaissance du droit à l’intimité des personnes détenues, en conformité avec les règles pénitentiaires européennes et avec les engagements pris en 2007 par Nicolas Sarkozy, alors candidat à l’élection présidentielle, en matière de maintien des liens familiaux.

Deux ans plus tard, il n’est plus aujourd’hui possible d’ignorer les conséquences que provoque l’interdiction ou l’impossibilité des relations sexuelles dans l’enceinte de nos prisons : relations charnelles dans l’espace collectif des parloirs, viols, homophobie, prostitution, gavage de pornographie, ruptures conjugales, propagation du sida, haine sociale envers l’institution carcérale et la société qui la mandate.

Regrettant que « la France persiste à bafouer les droits de plus de 60000 personnes détenues en niant quotidiennement leur droit à l’intimité », les pétitionnaires demandent la généralisation des Unités de visites familiales (UVF), qui ne concernent aujourd’hui que 7 établissements pénitentiaires sur 190.

RAIDH se félicite de la volonté affichée par le Secrétaire d’Etat à la justice Jean-Marie Bockel lors d’un débat sur France Info (jeudi 12 novembre), précisant alors que « les relations sexuelles en prison (…) doivent même être encouragées", ajoutant que « l’administration a conscience de la nécessité d’aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin pour que d’ici quelques années, à l’horizon 2017, cette possibilité puisse être donnée pour chaque détenu ».

RAIDH ne peut toutefois accepter que l’échéance de 2017 soit fixée comme un objectif à atteindre pour que cesse cette violation flagrante des droits des personnes détenues .

En théorie, la prison se résume à la « privation de la liberté d’aller et venir » ; toute autre privation est perçue par les personnes détenues et par leurs partenaires, comme une double peine incompatible avec les ambitions de réinsertion.

Sur le respect du droit à l’intimité des personnes détenues, la France accumule plusieurs dizaines d’années de retard en comparaison avec ses homologues européens, le Canada, mais aussi tous les pays d’Amérique latine pourtant réputés moins « développés ». Là où l’Argentine a su déployer un dispositif de parloirs intimes dès la fin de la dictature, l’inertie de l’hexagone, qui assume sans vergogne son retard, surprend la communauté internationale.

Plus d’informations sur la Campagne pour le droit à la dignité des personnes détenues

RAIDH – Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme – www.raidh.org