RAIDH - Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme
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Témoignage : "Hier soir, j’ai croisé la route de l’arbitraire"

RAIDH a reçu ce témoignage anonyme qui n’a pas été fait l’objet d’une enquête de notre part.

Nous le rendons public in extenso pour rendre visible l’invisible : le vécu par essence subjectif de l’arbitraire, de l’injustice, de la discrimination.

"Je n’arrive pas à m’endormir alors je vous écris pour dénoncer avec
véhémence le comportement de plus en plus scandaleux, provocateur, voire méprisable des représentants de notre chère institution policière.

Outré par ce genre de dérives qui se répètent, malheureusement, au quotidien et aux quatre coins de France, j’aspire à ce que cela puisse changer au pays des prétendus droits de l’Homme.

En effet, ce soir, je n’arrive pas à trouver le sommeil car je suis scandalisé par tant de gestes de mépris et par tant harcèlement moral gratuit. Cette forme de violence là demeure plus insidieuse, plus sournoise et plus dangereuse que les atteintes physiques parce qu’elle ne laisse aucune trace visible. Elle est d’autant plus destructrice qu’elle est pratiquement impossible à prouver.

Je vous situe le contexte : Le Lundi 16/02/2009 vers minuit, je rentrai, à pieds, d’une soirée cinéma (avant-première du documentaire de F. Godet sur Michel Vaujour avec rencontre des protagonistes ) à Nancy, ville reconnue pour être l’une des plus sures de France. Dans une rue secondaire du centre-ville que j’avais empruntée pour raccourcir mon trajet de retour, j’entends derrière moi, le moteur diesel d’une voiture qui ralentit à mon niveau. Je tourne la tête et je m’aperçois qu’il s’agit d’une patrouille de police. Surpris par ce qu’il m’arrivait, la passagère et le jeune conducteur sortent et me cernent en me demandant sèchement une pièce d’identité. Ceux-là bien sûr, n’ont affiché aucune marque de respect, puis ont procédé à la palpation au corps.

Obsédés par leur zèle, ils n’ont pas pris la peine de répondre à ma
question : celle de me justifier les raisons particulières ayant établi le
risque d’atteinte à l’ordre public qui motivait le contrôle. En revanche,
ils se sont montrés agressifs et arrogants, quand, moi-même je réussis à garder mon sang-froid, malgré une indignation contenue. Puis une fois le contrôle effectué, le véhicule a continué à rouler au pas, toujours à mon niveau. En tournant la tête en leur direction, j’ai pu apercevoir le conducteur me regarder avec mépris. J’ai eu l’amère impression qu’il attendait le moindre faux pas de ma part pour légitimer l’éventuel "outrage" ou l’incontournable garde à vue. N’ayant pas répondu à la provocation manifeste, j’ai bifurqué à droite en direction d’une petite voie à sens unique, donc à sens interdit. Or, censé représenter le modèle parfait de l’autorité publique, il n’a pas hésiter, une seconde, à prendre cette voie à contre sens, tout cela afin de continuer à me "traquer". A ce moment-là j’ai pu mesurer le degré de provocation et harcèlement que ces fonctionnaires pouvaient atteindre. Puis lorsque j’ai débouché sur une rue perpendiculaire, un second véhicule
de police s’arrête à mon niveau pour laisser descendre un autre policier
afin de me contraindre à me prêter au même rituel d’humiliation que ses
collègues, qu’ils n’avaient, apparemment pas vu venir juste après.

2 contrôles d’identité en moins de 2 minutes, c’était trop pour moi avec comme seule explication : "On fait juste notre boulot". Alors moi, je me demande qui peut m’aider à leur faire comprendre qu’ils ne doivent pas juste faire leur boulot, mais qu’ils peuvent le faire mieux. J’ai entendu dire que les contrôles au faciès étaient interdits. Hier soir, j’ai croisé la route de l’arbitraire, alors que, paraphrasant une autre victime de l’injustice mais à une plus grande échelle, lui, "je voulais juste rentrer chez moi". Pourquoi rien n’est fait en ce sens ?, pourquoi laisser agir ces individus censés nous protéger alors que ce sont eux les agresseurs, des délinquants dans le leur genre, mandatés par une République sourde et aveugle.

Voilà mon récit se termine, Il est bientôt 5 heures du matin, par leurs actes traumatisants, ils m’ont gâché une nuit de repos, un repos que je ne retrouverai plus tant que cette société n’agira pas pour éradiquer
définitivement de tels agissements, aussi inacceptables que condamnables.

Ah...Une dernière chose : j’ai un prénom à consonance nord-africaine, je
suis français de seconde zone et issue des "minorités visibles", comme ils disent !"

— Envoi via le site RAIDH - Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les
Droits de l’Homme (http://www.raidh.org/) —